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Soixante années de bonheur artistique

Lia et Georges Kasper

Lia et Georges Kasper

En 1940, Georges Kasper quittait la direction du Kunstmuseum de Zurich pour fonder l'une des toutes premières galeries à défendre la peinture d'avant-garde en Suisse. Il ignorait que le succès serait au rendez-vous durant pas moins de six décennies! Car depuis son décès, en 1991, son épouse Lia pousuit l'aventure avec courage et ténacité, réussissant à maintenir la galerie au beau fixe en dépit des diverses crises économiques et artistiques qui ont secoué la Suisse.

Du courage, il en fallait pour abandonner le poste de conservateur du Kunstmuseum de Zurich, en pleine guerre, pour se mettre au service de l'art contemporain. D'autant qu'en Suisse, à cette époque et jusque dans les années soixante, l'art moderne demeurait largement décrié. Souvenez-vous: l'art moderne en général et la peinture abstraite en particulier suscitaient encore rires et incompréhension.
Georges Kasper était un passionné, un homme de trempe, doté d'un charme quasi irréstible. Ce tempérament charismatique, lié à une intelligence et un flair artistiques impressionnants, lui firent exposer avant l'heure la plupart des artistes qui, plus tard, sont devenus célèbres: Picabia - dont il fut un ami -, Fernand Léger, Giacometti, Brancusi et , plus tard, Bram Bogart, Lucio Fontana, Sonia Delaunay...
A Zurich d'abord, puis à Lausanne et enfin à Morges, il défendit tour à tour la peinture abstraite, l'art brut, l'hyperréalisme, le pop-art, expliquant, décortiquant, démontrant sans relâche pour, finalement, convaincre amateurs et collectionneurs de la valeur de ces tendances nouvelles. Aujourd'hui, son nom figure parmi ceux qui ont réussi à imposer les avant-gardes en Suisse. Il ne refusa que l'art conceptuel, à son goût trop intellectuel, trop éloigné de la peinture. C'est alors qu'il se tourna vers les primitifs modernes, qu'il a défendu avec le même succès: aujourd'hui, la galerie est une référence mondiale dans ce domaine.

En 1965, Georges rencontrait Lia. Tout juste 30 ans, jolie comme un coeur, éducation à l'ancienne: rien ne prédestinait cette "fille de riche" à se révéler une organisatrice et une femme d'affaires hors pair.


Lia Kasper

Lia Kasper

Fille de riche... oui et non, car l'histoire familiale des Forlani est dramatiquement liée à l'Histoire tout court. Son père, descendant d'une dynastie de militaires florentins, muni d'un double doctorat en textile et en chimie, émigre en 1928 en Bulgarie où il fonde une fabrique de textile d'avant-garde. La fabrique occupe quelque 4000 ouvriers lorsque la montée du communisme en Bulgarie le pousse à rentrer en Italie, en 1943. Ayant tout perdu, il se remet à la tâche, ouvre une nouvelle usine à Milan et finira par rebâtir sa fortune.
Lia a huit ans lorsqu'elle quitte la Bulgarie, patrie de sa mère, issue de la haute bourgeoisie bulgare. La transition s'avère difficile pour la petite Lia. Elle suit néanmoins les écoles milanaises et, son bac en poche, s'inscrit en archéologie à la prestigieuse Università Cattolica de Milan. Puis elle se rend en Suisse romande pour perfectionner son français et rencontre Georges Kasper. C'est le coup de foudre, pour l'homme et pour son métier.
"J'ai découvert la vie artistique d'une galerie en plein essor avec tout ce que cela implique: la rencontre avec les artistes, les amateurs d'art et les collectionneurs, la politique de la galerie, ses parti-pris, ses objectifs. J'ai eu envie de participer activement à ces aventures. Mon mari s'occupait de l'aspect artistique et moi, j'ai pris en main toute la gestion. Georges n'aimait guère s'en occuper... " En vérité, Georges l'idéaliste répugnait aux affaires et à l'organisation. C'est Lia qui tenait les comptes et accueillait les visiteurs. Tous deux se complétaient parfaitement. "C'était un homme courageux, qui se lançait dans toutes sortes d'activités - il a même créé un festival du film à Nyon - alors que je suis plus réservée. J'étais même un peu timorée je crois, à l'époque... Son optimisme m'a toujours fait du bien, et en 25 ans de vie commune, je me suis fait à son contact une solide culture artistique".
Cette expérience lui a permis de poursuivre, seule, ses activités à la galerie à la mort de son mari. " J'ai d'abord hésité....serais-je capable de m'en sortir? Ferais-je aussi bien que lui? Mais je ne voyais pas me mettre à la retraite à 55 ans. Alors j'ai pris mon courage à deux mains..."
Ses connaissances, son sens artistique et commercial, ses capacités (énormes!) de travail ont fait merveille. Lia Kasper a conservé à la galerie le même esprit, le même amour de la peinture de qualité. J'ajouterai que cette femme de coeur, scrupuleusement honnête, d'une classe et d'une finesse rares aujourd'hui a su, à force de travail et d'intuitions heureuses, maintenir la galerie à flots en dépit des crises qui ont conduit bon nombre de ses confrères à fermer boutique, ces dernières années.
Lia Kasper peut être fière: cette femme au passé tout de même surprotégé a conquis sur le tard une réelle autonomie. Et aujourd'hui comme hier, la galerie est au beau fixe, sa réputation continue de déborder largement les frontières helvétiques et Lia Kasper vibre d'une passion toujours vivante pour l'art et les artistes, qui sont désormais toute sa vie.

Par Danièle Weibel, journaliste, Morges janvier 2000.

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